Quand Abdelazziz prends du recul…

Avant le tournage:

Je suis d’assez près, depuis plus de huit ans, l’évolution des mouvements tels que le Mib, puis, les Indigènes, le Fsqp etc, … Et j’avoue que j’assiste le plus souvent à des ratages, des retours en arrière, des incapacités à avancer réellement. Du moins pour ce que j’en vois… Et il se peut que je vois mal…

L’idée n’est pas de porter un quelconque jugement sur les personnes, ou les actions entreprises, mais de proposer un regard extérieur qui pourrait modestement aider à avancer. Si tant est, qu’on veuille accorder à ce regard là, le moindre crédit. Ce qui n’est pas évident, je ne vis pas dans les quartiers, je ne suis pas victimes de discriminations, alors, de quoi je me mêle?

C’est peut-être aussi pour répondre à cette question que je me livre à ce genre d’exercice audiovisuel.

J’ai interviewé Abdelaziz Chaambi pour une raison essentielle, c’est qu’il venait sur Toulouse à l’occasion du Festival Origines Contrôlées 2009. J’aurais aimé en interviewer d’autres, ça viendra peut-être par la suite….

Pour comprendre un peu plus qui est Abdelaziz Chaambi on peut voir une interview faite par le site Pas a pas www.pasapas38.com/video-abdelaziz-chaambi-portrait-d.html à Grenoble en février 2009 ou, au débotté il retrace sa vie militante…

J’ai voulu dans mon entretien évoquer le reste, l’envers du décor, les coulisses de la vie d’un militant. Ne pas parler des luttes, mais de comment on lutte, éviter sur des questions un peu difficile de se réfugier tout de suite dans la plainte sur le méchant système… Au lieu d’explorer ses propres manque de militant toujours sur la brèche…

Après le tournage …

Bien sûr, ça s’est fait à l’arrache, pas le temps de chercher un coin qui va bien, Abdelaziz est assis sur le lit trop bas, j’ai donc une position dominante, il doit lever les yeux pour me parler…

N’ayant pas apporté de micro cravate, le son est réverbéré, vu la chambre d’hôtel en béton, le fond est blanc avec ce halo de lumière, c’ est à chier…

Mais, je me sens toujours coupable, d’embêter les gens à propos des conditions de tournage, je mets un mouchoir sur mes exigences, et le résultat est là… techniquement pas terible

C’est très difficile d’assurer le filmage, et en même temps de chercher à tenir le fil de l’interview, dont il cherche inconsciemment à sortir en permanence, pour fuir la réflexion sur les pratiques, et se réfugier dans la revendication pure qui est beaucoup plus confortable et dans laquelle il excelle…

Pour une interview, où il y a juste à poser deux trois questions qui ouvrent le robinet à parole, ça va de filmer en même temps, mais pour tenter d’aller à contre-courant, c’est moins évident.

Je ne cesse de ponctuer ce qu’il dit par des approbations du genre “oui, oui” ou “oui mais…” Ce qui est très pénible a entendre pour le spectateur. Ca faisait un bout de temps que je n’avais pas fait ce type d’entretien… On oublie les façons de faire, j’aurais dû mimer mes approbations, ça ne se serait pas vu à l’image ;=}}

J’ai tourné pendant une heure, j’en sors 30 minutes de film, et plein de choses apprises… J’ai dû avancer de 3 ou 4 mm dans ma compréhension des problèmes évoqués plus haut… C’est déjà pas mal…

Merci à Abdelaziz d’avoir joué le jeu.

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